Outil papier et outil numérique ? Faut-il vraiment choisir ?
Dans la Communication Alternative et Améliorée (CAA), il existe une grande variété d’outils. Certains sont papier (aussi appelée la CAA low tech) : tableaux de communication, cahiers, classeurs de type classeurs PODD… D’autres sont numériques (aussi appelée CAA high tech) : tablettes, applications ou dispositifs dédiés.
On entend souvent qu’il faudrait « opter pour l’un ou l’autre ». Mais la communication ne se limite pas à un seul outil. L’essentiel est de pouvoir s’adapter aux situations et aux besoins de chacun. Papier et numérique ne s’opposent pas : ils se complètent.
Les atouts du papier
Les supports papier ont un avantage unique : ils sont toujours disponibles, quelle que soit la situation. On peut les utiliser partout : à la maison, à l’école, en balade, en voiture, ou même lors d’activités salissantes. Contrairement aux outils numériques, ils ne dépendent pas de l’environnement : luminosité, chaleur, froid… le papier reste lisible et utilisable.
Ils nécessitent moins de compétences opérationnelles : la personne n’a pas besoin de naviguer dans des menus, gérer une batterie ou ajuster un volume. Cette simplicité rend le papier accessible à presque tout moment, et facile à transporter dans tous les contextes.
Ils restent stables : les mots et les pages ne changent pas de place, ce qui facilite la navigation et la mémorisation.
Le PODD, par exemple, existe en version papier et numérique. Cette double existence permet de passer de l’un à l’autre sans perdre ses repères : pages, structure et emplacements des mots restent cohérents. La personne développe ainsi des automatismes dans ses gestes et sa navigation.
Les forces du numérique
Les outils numériques offrent un vocabulaire riche et modulable, permettant de créer des phrases complètes, d’exprimer des émotions et des idées abstraites. La synthèse vocale donne une voix à la personne et lui permet de prendre pleinement part aux échanges.
Le numérique présente d’autres avantages pratiques : il est facile d’ajouter du vocabulaire supplémentaire sans alourdir l’outil, et il peut aider à gagner en fluidité, car la navigation est assistée par la machine. La personne peut ainsi accéder rapidement aux mots et phrases dont elle a besoin.
Cependant, l’usage d’une tablette ou d’un appareil demande des compétences : navigation dans l’arborescence, gestion de la batterie, entretien, ajustement du volume… Et dans certaines situations — fatigue, bruit, intempéries — le numérique n’est pas toujours disponible.
La stabilité du langage avant tout
Quelle que soit la forme choisie, il est crucial que l’outil offre :
- un vocabulaire complet, au-delà du simple « demander » ou « nommer » ;
- des mots accessibles et tous types de mots ( rappelez -vous , un vocabulaire équilibré : vocabulaire de base et spécifique)
- des emplacements constants, pour automatiser les gestes et faciliter l’apprentissage.
La cohérence et la stabilité permettent à la personne de communiquer vraiment, de gagner en fluence et en autonomie.
Pas d'opposition : l’important est la communication
- Le papier apporte une certaine stabilité et une disponibilité quasi constante, il permet également parfois plus de participation de la part du partenaire de communication.
- Le numérique offre la voix et la richesse du langage. Il permet un ajout rapide du vocabulaire et donc pas de limite au niveau de la quantité du vocabulaire
- Le PODD illustre parfaitement cette complémentarité : un même système peut fonctionner sur différents supports, sans perte de sens.
L’outil n’est qu’un moyen pour permettre à la personne de communiquer pleinement. Il n’existe pas forcément un outil “meilleur” qu’un autre : papier et numérique ont chacun leurs forces, et leur efficacité dépend des situations, des compétences et des préférences de l’utilisateur.
L’essentiel est que les outils soient toujours disponibles et permettent une communication à tout moment, dans tous les environnements et contextes. Il est donc souvent risqué de tout miser sur un seul outil. Combiner plusieurs supports — papier, numérique ou même des signes — permet de garantir stabilité, accessibilité et liberté d’expression, et d’assurer que la personne puisse dire ce qu’elle veut, quand elle veut, à qui elle veut.
Conseils pratiques
-Commencer par évaluer les besoins de l’utilisateur ainsi que son environnement
-Combiner papier et numérique pour que l'outil soit toujours disponible pour l'utilisateur. L'outil devra être dans la mesure du possible robuste (n'hésitez pas à aller faire un tour vers l'article qui aborde ce sujet ;) ) et personnalisé
-Former famille, enseignants et professionnels (en bref tous les partenaires de communication) pour que chacun soit à l’aise avec les outils.
-Réévaluer régulièrement et adapter l’outil selon l’évolution de la personne et du contexte.
💡 En résumé : le choix n’est pas entre papier ou numérique, mais entre des outils qui permettent à la personne de communiquer pleinement et avec confiance. Il y a de nombreux facteurs qui entrent dans la question du choix des outils mais gardons en tête que la communication se joue dans tous les environnements, avec l'ensemble des partenaires et est toujours multimodale.